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RITOURNELLE

    2008
Installation vidéo, 4’15  //  Video installation, 4'15
Chaise et téléviseur  //  Chair and TV
Dimensions variables  //  Variable dimensions
Edition de 5
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De la répétition comme dispositif révélateur/principe burlesque.

Les recherches plastiques de Jérome Cavaliere s’articulent autour des motifs de la sérialité et de la désobéissance. La vidéo « Ritournelle » présentée ici s’inscrit donc dans la continuité de ce patient travail de construction puis d’observation des effets de la récurrence. Cette œuvre tient ainsi autant du travail de recherche scientifique (une étude sociologique passée à la loupe d’un chercheur d’un nouveau genre) que de l’exercice de style à la manière d’un Raymond Queneau (l’effet comique résultant du jeu obstiné d’un acteur répétant son texte).
Jérome Cavaliere s’attache donc à filmer 4’15 mn durant, en plan fixe, un acteur-tronc, en plein exercice d’apprentissage et d’appropriation de son texte. Le premier décalage intervient rapidement lorsque l’on s’aperçoit que le document filmique livré est l’enregistrement d’un exercice préparatoire. C’est au cœur de cette séance de répétition jouée où une personne se mue en personnage que s’exprime toute la complexité de la proposition. Les efforts manifestes de l’interprète, homme du commun, pour s’approprier des mots et une pensée qui ne sont pas les siens, mais qui finissent toutefois par le devenir de manière troublante, provoquent un glissement de sens ambivalent, où le comique et l’étrange se retrouvent associés.
L’on découvre alors dans quelle mesure la répétition d’une sentence, loin d’entraîner un effet de persuasion comme on pourrait le croire trop facilement, provoque au contraire un éclatement du sens martelé. L’idée qui tente de s’imposer en forçant l’habitude réalise finalement une contre-performance et s’annihile d’elle-même. Plus l’énonciation se fait insistante et volontaire, plus le lieu-commun dénonce sa propre vacuité.
La nécessité de la répétition s’impose ainsi comme dispositif révélateur en ce qu’elle désamorce les évidences et questionne la pensée commune. En posant des axiomes à l’épreuve de leur propre reflet, nous nous retrouvons soudain engouffrés dans une spirale circulaire de non-sens. Il semblerait d’ailleurs que l’acteur se perde lui-même au jeu de la confusion des rôles. Cette nouvelle fracture dans une réalité construite (mais en cours d’autonomisation) donne à la vidéo une dimension burlesque où l’exercice d’antithèse provoque un basculement comique. Comme quoi la mise en œuvre amusée d’un système simple et rigoureux peut mener à une conception absurde et finalement éclairante du quotidien.
Jérome Cavaliere démontre avec limpidité qu’il n’est pas besoin de dispositif complexe pour révéler la nature des choses : une caméra fixe, un verre de whisky et un acteur (faussement) maladroit se révèlent incisifs et troublants à la fois. Car finalement, la question posée est bien celle de la manipulation ou de l’interprétation du réel, et à ce jeu-là, toutes les armes se valent : parole contre parole, ou y’a-t’ il un menteur dans la salle ?

Anne-Claire Duprat