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Jerome Cavaliere : Vers la (dé)sacralisation de l’art

L’absurdité, une proximité avec l’art et un processus non traditionnel sont trois composantes qui définissent le travail artistique de Jérôme Cavalière. Ce marseillais de 36 ans exploite son parcours atypique par le biais d’œuvres dont les médiums de prédilection sont la vidéo et l’installation. Sa rencontre avec l’art contemporain s’est faite assez tard. Auparavant, il s’est entièrement consacré à la pratique du tir à l’arc à haut niveau. Après une blessure l’empêchant de continuer dans le domaine sportif, l’art contemporain se révèle à lui comme une évidence. C’est alors qu’il décide à 25 ans de passer le concours d’entrée à l’école des Beaux-Arts de Grenoble, alors que ses connaissances artistiques se résument à Picasso, Mondrian et Maurizio Cattelan. Retour sur un artiste atypique.

//Un acte créateur non traditionnel

Adepte du « Je fais d’abord, je réfléchis ensuite », le processus créatif de Jérôme Cavalière débute par une envie, une idée à expérimenter sans avoir la prétention de créer ou de s’inscrire dans une filiation de l’histoire de l’art. Ses travaux trouvent sens et théories lors de diverses rencontres où les influences et les rapports de forces avec certains courants artistiques sont explicités par un individu extérieur. Selon lui, il suffit de décider qu’il s’agit d’une œuvre d’art pour qu’elle en devienne une, l’artiste par un seul acte, souvent anodin le concernant, est le vecteur de cette transformation. Ses productions ne sont ni revendicatives, ni militantes, elles induisent leurs propos au spectateur sans que l’artiste en soit responsable et sans inclure aucune forme de cynisme.

 //Vers une proximité de l’art

Au cours de ses balbutiements créatifs, Jérôme Cavalière n’est pas dans le culte de l’œuvre d’art ni de l’artiste. La désacralisation de l’art est quelque chose qu’il apprécie de tourner en dérision dans l’ensemble de son travail. How to do a masterpiece en est un exemple explicite. C’est à cause d’un besoin de maltraiter les œuvres d’art et parce qu’il ne peut pas les acquérir que Jérôme Cavalière va chercher à les recréer en en faisant des tutos vidéos dont l’esthétique de mauvaise qualité ajoute une proximité pour celui qui regarde le tuto. Il reproduit des œuvres de Robert Filliou, Lucio Fontana, Erwin Wurm et Richard Long. Entre l’original et celle rendue possible par le tuto il n’y a pas de vraie différence, cette œuvre aussi sacralisée soit elle est une passerelle permettant d’accéder à la démarche de l’artiste. L’expérimentation, l’essence des œuvres est ce qui importe. Art at Home continue sur cette voie, en proposant des fiches pratiques pour réaliser des œuvres chez soi.

L’utilisation de la vidéo entièrement accessible sur internet, expliquant des procédés à reproduire chez soi est en plein essor sur internet et en particulier sur YouTube. Cependant, Jérôme Cavalière ne poste pas ses vidéos sur YouTube mais plutôt sur des sites à la renommée restreinte comme Dailymotion et Vimeo, toujours en décalage avec la norme.

Entretien avec une œuvre d’art, lui permet d’accomplir un fantasme artistique : tirer sur les toiles d’Oliver Mosset fabriqué par ses soins. À aucun moment il ne s’exclut la possibilité de performer avec de vraies toiles. Usant de ses qualités d’archer, il vise et tire à chaque fois au centre de l’œuvre. Assez paradoxalement son travail se situe entre rigueur et désinvolture, cherchant à tout prix à sortir l’art de son cocon sacré.

//L’esthétique de l’absurdité

Les situations absurdes et les quiproquos sont des éléments importants dans le travail de Jérôme Cavalière. La série de vidéo Désaccords détourne du réel des vidéos trouvées sur internet. Dans ces vidéos étrangères, des protagonistes en viennent aux mains dans des contextes aussi divers que variés. Lorsque nous voulons regarder une vidéo ou un film avec des sous-titres, c’est parce que nous ne comprenons pas la langue employée. Or, Jérôme Cavalière ajoute des sous-titres absurdes transposant les scènes dans un tout autre contexte, celui du monde de l’art contemporain. Ce jeu de détournement permet de prendre un langage et une situation initiale afin d’en sortir une métaphore sur la lutte entre les artistes dans le monde de l’art. Ce comique de situation crée un décalage transformant le réel.

Jérôme Cavalière travaille sur la réappropriation de ce qui l’entoure pour en donner de nouvelles lectures. Cela peut être un objet, une attitude, un concept. Cette méthodologie trouve ses origines dans son parcours, son vécu. Il essaie de mélanger ses cursus et ses expériences afin de créer une nouvelle culture en rendant les choses absurdes.

De manière générale, le processus créatif de Jérôme Cavalière sort des sentiers battus jouant entre réel et fiction. Pour certaines de ses œuvres, il arpente le web comme un stock inépuisable de form footage dont il a plaisir à détourner les propos afin de les sortir du réel. La mauvaise qualité de ces images sert sa réflexion sur la désacralisation de l’art et de la dé-fascination de l’image cinématographique.

Cyrielle BRÉAN


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